Quel est donc ce subtil mélange d'éléments, qui fait que soudain, le temps s'arrête.
Plus rien n'a d'importance, si ce n'est cet instant magique où l'on se sent vivre ?
L'alchimie du bonheur ...

Nous pouvons réfléchir, structurer, enquêter, poser des éléments, trouver des pistes. Mais quelles qu'en soient les conclusions, nous ne pouvons reproduire cet instant. Les minutes s'écoulent, le monde s'écroule, vous êtes là, présent, heureux.
 
    Et je pense à cet été. J'ai ressenti cela en bâtissant un château de sable sur une plage. 

Une minute plus tôt, j'étais allongée à me débattre dans des pensées, des questions, des problèmes, passés, futurs, à tenter d'y voir clair dans toutes ces préoccupations qui envahissent notre tête. Une minute plus tard, je me retrouvais comme une enfant, à construire du mieux possible un château de sable. Je m'appliquais. Pourtant, je savais que dans la nuit, la mer le détruirait, doucement. Mais cette pensée ne m'empêchait pas de mettre toute mon énergie à construire des murs solides, à le rendre beau. A cet instant précis, j'ai eu l'étrange sensation que rien d'autre n'avait d'importance.
 
 

Avec le recul, j'ai souri. 
Le soleil se couchait, le château allait disparaître. 
Mais quelques personnes passaient encore, le regardait et souriaient aussi.

Avions-nous tous un jour construit un château ? A quoi rêvions-nous en le bâtissant ? Peut-être à rien, mais le bonheur était là. Etait-ce le plaisir de créer, le plaisir de construire, le plaisir de sentir sous nos doigts, le sable prendre forme ? Savourer le geste ... et se sentir vivre.

Arrêt sur image. Reprenons au ralenti. Devenons metteur en scène. L'acteur joue et rejoue le même passage. Les mots, les gestes, le regard, l'émotion, les silences, tous ces détails prennent leur importance pour intensifier l'impact, pour améliorer la scène, pour frôler la perfection.

Mais notre vie, nous ne pouvons la rejouer. Nous n'avons droit qu'à un essai, pour chaque instant. Nous pouvons regretter. Nous pouvons espérer. Mais l'instant n'attend pas, pas plus qu'il ne se répète.

Très fréquemment, nous sommes impatients. Nous voulons connaître la suite, la fin du livre, les événements à venir, les conséquences de nos actions ... Tout bouge en permanence. Nous voulons suivre le mouvement, aller plus vite que le mouvement. Parfois si vite, qu'en croyant vivre, nous passons à côté de la vie. Et pourtant, la fin de l'histoire, vous la connaissez déjà.

Revenir sur la plage au lever du jour. Découvrir une étendue de sable. Il n'en reste rien. Si ! Une sensation de bonheur. Le souvenir de sourires. Pas un instant, vous ne regrettez d'avoir passé quatre heures à le construire. En apparence, il n'y a plus rien. En réalité, il reste une trace indélébile, une sensation de bonheur, un clin d�oeil subtil.
 

    Notre dernier chapitre porte le même nom : la mort. Un mot qui fait peur. On la fuit, on l'ignore, on la provoque ... Un jour ou l'autre, elle sera là. Pourrons-nous alors regarder notre vie avec une joie intense, d'avoir réalisé nos rêves d'enfant, d'avoir osé vivre, de n'avoir aucun regret ? 

    Serons-nous en paix avec nous-même ?

Une réaction ?          Françoise Wybrecht
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