J'ai mis longtemps à comprendre ce que ce mot signifiait. Encore aujourd'hui, je n'en suis pas très sûre. Mais je commence à percevoir des détails importants et à pressentir un monde à découvrir.

Evidemment, tous mes apprentissages étaient basés "cerveau gauche". Le savoir, la logique, la structure, l'organisation, je les avais bien compris à l'école. J'étais douée en mathématiques et j'ai renforcé cet aspect en m'orientant dans l'informatique. Confrontée à des questions plus essentielles, j'ai découvert la PNL. Encore une fois, cet ensemble de techniques me convenait à la perfection. Les "comment" orientés avenir répondaient à mes besoins de structure, d'efficacité et d'actions. Je ne voyais plus l'intérêt des "pourquoi" qui représentaient des heures perdues dans le passé. Et je me baladais dans l'action, comme un poisson dans l'eau.

J'entendais bien parler de méditation et de lâcher-prise. Concernant ce dernier, je ne pouvais nier son existence. Si vous cherchez un numéro de téléphone, il suffit de cesser d'y penser pour que la réponse surgisse spontanément. Et j'avais d'autres exemples. Mais alors concernant le premier, je n'y trouvais aucune valeur. Alors, bien sûr, j'essayais. Je m'asseyais, bien sagement en tailleur, me disant que j'allais méditer dix minutes. Et parfois, il suffisait de trois minutes pour que je me précipite à mon bureau, ayant pensé à faire quelque chose d'important. Et si je tenais dix minutes, je n'arrivais vraiment pas à voir un quelconque changement d'état. Et oui, à voir. Je voulais voir les résultats, alors qu'au mieux, on peut les sentir. Mais je n'avais jamais appris à sentir. Et donc, je ne voyais rien.

C'est peut-être un accident qui m'a forcée à rester immobile. Dix jours sur un lit d'hôpital, et deux mois sur un lit tout court. Les premières heures, J'ai bien cru devenir folle. J'étais réellement en manque de mouvement. Là, j'ai compris que j'avais sûrement oublié de développer un domaine dans ma vie : celui du silence, du non faire, de l'être. Je n'avais comme existé qu'à moitié, en négligeant le cerveau droit, celui des rêves, de la créativité et du ressenti. Mais ce n'était pas gagné pour autant.

J'ouvrais grands mes yeux et mes oreilles. Quand quelqu'un me disait qu'il rêvait de s'asseoir au pied d'un arbre pour le regarder pousser, j'étais carrément admirative, et plus que consciente de ma propre incapacité à l'imiter. Le jour où un stagiaire m'a dit qu'il passait sa journée seul dans la nature à faire voler un avion miniature, j'ai senti que quelque chose m'échappait. Et oui, pour moi, vivre, c'était agir, passionnément si possible, et entourée de gens. En choisissant d'ouvrir cette porte, j'avais la sensation de devoir mourir. Au secours !
 

    Mais j'ai essayé. Et un jour, j'ai compris que je faisais au moins une erreur. Je confondais lâcher prise et renoncer. La nuance est subtile, et je l'ai réalisée un matin en me réveillant.

J'avais une phrase en tête, qui peut sembler très paradoxale : "Apprends à être actrice dans le lâcher-prise".  Etre actrice, c'est choisir de dépasser l'apparence pour sentir l'invisible, c'est agir tout en ayant l'air de ne rien faire. Pour cela, il était nécessaire d'inverser sciemment tous les apprentissages et habitudes passés ou de les oublier.

  Je ne fais que commencer, et c'est très étonnant ...
Avril 1998


 
 
Françoise Wybrecht - 1997              Une réaction ?
 
 
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